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En difficulté, la « vitrine régionale » de la méthanisation Eurametha joue déjà sa survie près d’Arras


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Imaginé comme la vitrine régionale de la méthanisation, Eurametha traverse une période critique à Saint-Laurent-Blangy. Deux ans après sa mise en service, l’équipement de plus de 23 millions d’euros a été placé en redressement judiciaire. Le technocentre doit se réinventer d’urgence.

Eurametha en redressement

Il est déjà en sursis. Le technocentre régional de la méthanisation (Eurametha), construit à Saint-Laurent-Blangy près d’Arras, a été placé en redressementjudiciaire cet été, moins de deux ans après sa mise en service en octobre 2024. Les quatre actionnaires publics et privés portant la société – Véolia et Engie pour 70 % ; la communauté urbaine d’Arras et le SMAV, le gestionnaire des déchets pour 30 % – ont dû remettre la main à la poche afin de maintenir l’équipement à flot pendant la période d’observation décidée par le tribunal de commerce. Celle-ci court pour l’instant jusqu’à janvier.

Cette avance de trésorerie, d’un montant d’un million d’euros, est la cinquième débloquée par les actionnaires depuis 2018. Depuis ses débuts, Eurametha vit donc toujours sous perfusion, sans parvenir à trouver son modèle économique.

De déboires en déboires

Sur le papier, le projet était pourtant plein de promesses. Eurametha était présenté comme la future « vitrine régionale » de la méthanisation, un « exemple à suivre » pour toute la filière. L’idée de ce technocentre avait été lancée en 2016 par la Région, dans le cadre de sa Troisième révolution industrielle Rev3. Le but était de donner un gros coup d’accélérateur à la transition énergétique et à la production de biométhane à partir des déchets. Il devait, à lui seul, démontrer la fiabilité et la viabilité de la filière, un objectif aujourd’hui loin d’être rempli.
La CUA et ses partenaires avaient à l’époque remporté l’appel à manifestation d’intérêts, notamment grâce à son agro-industrie. On parlait alors d’un investissement d’un peu plus de 12 millions d’euros, rapidement réévalué à 18 millions d’euros. Une succession de déconvenues (cavités souterraines, inflation, etc.) ont finalement fait grimper la facture finale à plus de 23 millions d’euros, sans que l’on connaisse aujourd’hui le montant exact de ce technocentre qui n’a jamais été officiellement inauguré.

Un équipement en sous-régime

Eurametha a commencé à injecter du biométhane dans le réseau de distribution en octobre 2024. Mais sa montée en puissance se fait attendre. D’après des données de GRDF, le technocentre a injecté 21 Gwh en 2025, alors que sa capacité théorique est de 33,5 GWh. « On est en moyenne entre 65 et 70 % des rendements prévus », confirme Pierre Forgereau, le patron d’Eurametha, par ailleurs directeur régional de Veolia.
Un des problèmes : le digesteur dédié à la fraction organique de nos déchets ménagers – une particularité d’Eurametha – n’a jamais fonctionné comme il le devait. Il n’a « avalé » que 3 000 tonnes de déchets en 2025 quand le projet initial prévoyait 8 500 tonnes annuelles.

Cela ne va pas s’arranger : le SMAV ne fournira plus ses déchets à partir du 1er janvier 2027, car il mettra fin à l’activité de son Selectrom (son centre de pré-traitement des ordures ménagères), en raison d’évolutions réglementaires plus contraignantes. Le fonctionnement imaginé pour cette ligne est par conséquent déjà obsolète. L’autre ligne, dédiée aux déchets agricoles et agro-industriels, subit quant à elle une concurrence accrue sur le marché des intrants.

Eurametha peut-il se relever ?

À peine construit, déjà dépassé ? Une chose est sûre : Eurametha n’a d’autre choix que de se réinventer d’urgence pour assurer sa viabilité économique sur le long terme, ou il continuera de vivre sous perfusion. « Nos analyses montrent que l’on doit revoir nos dépenses d’exploitation, de transport, d’évacuation du digestat (le résidu issu de la méthanisation), l’étalement de notre dette bancaire », reconnaît Pierre Forgereau. Sans vouloir noircir le tableau. « Il s’est passé beaucoup de choses au cours des dix dernières années (Covid, guerre en Ukraine, etc.) qui permettent d’expliquer les difficultés que l’on a aujourd’hui. C’est ce qui nous amène dans cette période financière délicate. » D’après lui, les quatre actionnaires « travaillent avec ardeur pour construire un nouveau cadre pour Eurametha. »

Quel impact pour les finances publiques en cas d’échec ?

C’est la question qui se pose. Au lancement du projet Eurametha, des élus siégeant au SMAV avaient exprimé leurs inquiétudes quant au surcoût de la construction, puis quant au fonctionnement de ce technocentre, en concurrence avec les autres méthaniseurs qui ont poussé comme des champignons depuis dans l’Arrageois – Ternois. En 2024, la chambre régionale des comptes avait elle aussi invité le gestionnaire de déchets (actionnaire à 15 %, comme la CUA) « à faire preuve de vigilance sur les enjeux économiques et financiers de ce projet », mais Eurametha était déjà sorti de terre.

Ce projet a bénéficié de subventions de la Région (250 000 euros) de l’ADEME et du FEDER (fonds européen), bien que les retards de chantier aient privé Eurametha d’une part de ce financement. Le reste de l’investissement est porté en fonds propres, avec emprunt de plus de dix millions d’euros. La CUA et le SMAV ont depuis versé, au global, deux millions d’euros en avance de trésorerie.