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Dans le Perche, des associations forment un recours contre un nouveau projet de méthanisation


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À Courgeon (Orne), un projet de méthanisation est relancé par deux frères agriculteurs. Mais des associations ont déjà porté un recours devant la justice pour s'y opposer.

Depuis 2019, les villages mitoyens de Saint-Mard-de-Réno (Orne) et de Courgeon ont centralisé l’opposition à la méthanisation. La Préfecture avait validé quatre permis de construire en trois ans, sur un périmètre de 1,5 kilomètre de distance. Mais un seul a vu le jour, à Courgeon. Il pourrait bien y en avoir un deuxième, dans la même commune.

La société SAS Perche Bioénergie, créée par Christophe et Romain Coquerel, avait vu son permis de construire annulé par le tribunal administratif de Caen, en 2025. À l’époque, des associations (Bien vivre dans le Perche, L’air du Perche, Perche Avenir Environnement ainsi que la Fédération de l’Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique) avaient déposé une requête.

Mais la société n’a pas abandonné ses envies de faire du gaz avec des effluents d’élevage. Elle a visiblement redéployé son projet sur un autre site, celui du Bois Levé, à Courgeon, en direction de Mortagne-au-Perche. Un autre méthaniseur y existe déjà, sur la route de La Chapelle-Montligeon.

Une demande de permis de construire et une déclaration Installation Classée Protection de l’Environnement (ICPE) ont été envoyées à la Préfecture le 20 juillet. La première serait encore en cours d’instruction tandis que la deuxième a déjà été validée de manière tacite par le Préfet et affichée sur le site de la Préfecture de l’Orne le 21 juillet.

Le propriétaire dément

Trois associations environnementales, Bien vivre dans le Perche, Perche Avenir Environnement et le GRAPE (Groupement régional des associations de protection de l’environnement de Normandie), ont fait un recours contre cette déclaration ICPE le 20 septembre devant la Cour Administrative d’Appel de Nantes ; la première instance contentieuse (le Tribunal Administratif) ayant été supprimée par un décret entré en vigueur le 1er juillet 2026.

Contacté sur ce sujet, Romain Coquerel n’est pas bavard. Mais les documents déposés publiquement, il réfute même l’idée de relancer son projet de méthaniseur.

« Ce n’est pas vrai. Je n’ai pas le temps, au revoir », indique-t-il avant de raccrocher. « Je ne vois pas de quoi vous parlez », poursuit-il par SMS quand nous cherchons à lui donner la parole.

Preuve qu’il est toujours aussi délicat de parler sereinement de la méthanisation dans le Perche, même quand le projet est évidemment tout à fait légal.

29 tonnes par jour

Le projet présenté se situe juste en dessous de la limite du régime de la déclaration : 10 750 tonnes d’intrants par an soit 29,45 tonnes par jour. La limite étant de 30 tonnes par jour.

Rappelons que les méthaniseurs peuvent contenir des effluents d’élevage et des cultures, dans la limite de 15 % de cultures principales. Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui déclarent les quantités, et les contrôles sont rares en Normandie.

Des inquiétudes sur la ressource en eau

L’association pointe le nombre important d’installations agro-industrielles déjà présentes à Courgeon (méthaniseur, usine d’emballages plastiques, élevages de poules, silos…), dont les effets environnementaux et sanitaires se cumuleront avec ceux du nouveau methaniseur. Elle s’inquiète aussi de la ressource en eau.

Les méthaniseurs consomment beaucoup d’eau. Dans ce nouveau projet, l’eau constitue 15 % des intrants, sans que l’exploitant précise son origine ni que ferait-il en période de sécheresse. Or, ces dernières années, dans le secteur l’agrandissement de plusieurs élevages intensifs a été autorisé, avec comme conséquence une augmentation importante de la consommation d’eau. En autorisant encore plus de méthaniseurs, on se demande si la Préfecture a besoin qu’il n’y ait plus une seule goutte d’eau dans les nappes phréatiques pour comprendre qu’il s’agit d’une ressource limitée qu’il faut protéger.

Nora Liberalotto, présidente de Bien Vivre dans le Perche.

Le projet, s’il est finalement validé, devrait voir le jour en injection. Il pourrait se brancher sur le réseau de transport de gaz de NaTran, qui passe près de Courgeon.Avec la mise en route du rebours de gaz, la production pourrait être acheminée partout en France si la consommation locale est trop faible.