Accéder au contenu principal

Biométhane : « Il ne faut pas de compétition entre alimentation et méthanisation »


| Le Républicain Lorrain | News
| Le Républicain Lorrain | News

Ce jeudi 29 octobre, le salon Agrimax proposait différents temps forts au sujet du biométhane. Une filière verte, alternative aux énergies fossiles, mais qui a un coût et qui n’est pas toujours rentable pour les agriculteurs. D’autant que cela demande toujours plus d’investissements.

Produire de l’énergie grâce à nos biodéchets, telle est la promesse de la méthanisation. Ce jeudi 29 octobre, le salon Agrimax mettait l’accent sur la production de biométhane, avec une conférence et une table ronde.

Le principe est simple : différentes matières organiques, comme les effluents d’élevage, les cultures, ou encore les boues de stations d’épuration, sont stockées dans une cuve. Lors de leur fermentation, les bactéries méthanogènes produisent du biogaz. Ce dernier peut être utilisé pour faire de la cogénération, c’est-à-dire produire de l’électricité ou de la chaleur. Mais ce biogaz peut aussi devenir du biométhane, grâce à une épuration et une odorisation, avant d’être injecté dans le réseau de gaz naturel. De plus, le méthaniseur produit du digestat, une matière riche en azote, que les agriculteurs peuvent utiliser comme engrais naturel.

Sur le papier, cela a de quoi faire rêver. Dans la pratique, ce n’est pas toujours évident.

Un manque de rentabilité

La Chambre d’agriculture du Grand Est a mené une enquête auprès des méthaniseurs par cogénération de la région et les retours ne sont pas vraiment satisfaisants. « On a des situations humaines, techniques et économiques très disparates entre les unités de méthanisation », indique Aline Harquevaux, conseillère méthanisation au sein de la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle. « Les résultats économiques sont souvent inférieurs aux prévisions et les agriculteurs relèvent, pour la majorité d’entre eux, des problèmes techniques et l’absence de rentabilité. »

Régis Poinsignon est agriculteur-méthaniseur depuis une dizaine d’années à Arraincourt. La valorisation des effluents d’élevage, les avantages du digestat et la création d’une nouvelle activité sur son exploitation, l’ont convaincu de passer à la méthanisation par cogénération, puis injection. « Contrairement à certains, on n’a pas arrêté notre activité d’élevage. La méthanisation nous a aidés à développer l’exploitation, mais ne l’a pas remplacée. »

« La méthanisation ne concurrence pas l’alimentation »

De nombreux agriculteurs produisent du biogaz grâce à des Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), plantées et récoltées entre deux cultures principales, comme le méteil (mélange de céréales), l’avoine ou le seigle. La réglementation française limite l’utilisation de la production pour la méthanisation à un maximum de 15 % de tonnage brut sur une année, afin d’éviter qu’elle prenne trop de place par rapport à sa mission première. « La méthanisation ne concurrence pas l’alimentation humaine ou animale », estime Jean-Marie Simerman, vice-président de l’Association des méthaniseurs du Grand Est. « Il ne faut pas de compétition entre surfaces alimentaires et celles dédiées à la méthanisation. »

Emmanuel Connesson, directeur adjoint de GRDF Grand Est, estime que 6 % des cultures principales françaises sont utilisées pour la méthanisation par injection. « On est loin de détourner la vocation première de l’agriculture, qui est de nourrir la population. »