« La méthanisation est une catastrophe » : En Vendée, certains riverains et scientifiques vent debout contre le biogaz
Aux Brouzils (Vendée), des habitants se battent depuis six ans contre un projet de méthaniseur dont ils craignent les possibles nuisances. De son côté, un collectif national de scientifiques et d’ingénieurs dénonce une filière aux rendements « très mauvais » et aux multiples conséquences négatives.
Aux Brouzils, un collectif de riverains lutte depuis plus de six ans contre la création d’un méthaniseur. On a été mis devant le fait accompli, déplore le président de l’association Brouzils Sentinelles Santé Sécurité et Sérénité, Eric Eula. L’acceptabilité, sociale c’est être transparent. Le projet est porté par trois agriculteurs associés au sein du Gaec La Bienvenue. Au cœur de l’opposition du voisinage : l’implantation de la structure, à moins de 80 mètres des habitations, quand la loi impose désormais une distance d’au moins 200 mètres.
Il y a des risques et des troubles possibles, comme les odeurs, s’inquiète Eric Eula. Le trafic aussi, pour ramener des intrants et répandre le digestat*. Le Brouzilien craint également les risques d’incendie et d’explosion. Une appréhension loin d’être infondée, puisque le Collectif scientifique national méthanisation raisonnable (CSNM), composé d’une trentaine de chercheurs et d’ingénieurs, dénonce un nombre d’accidents multiplié par près de sept depuis 2015. Un ordre de grandeur partagé par le ministère de la Transition écologique.
« Les sols s’appauvrissent »
Le CSNM collecte et étudie des données sur le biogaz et la méthanisation depuis huit ans. La conclusion de Daniel Chateigner, son fondateur et coordinateur, est sans appel : La méthanisation est une catastrophe. On aimerait dire le contraire, mais on ne peut pas. Alors que l’Agence de la transition écologique (Ademe) évoque un facteur d’émission du biométhane […] cinq à dix fois plus faible que celui du gaz fossile », le CSNM avance dans un document de synthèse qu’il « émet entre trois et cinq fois plus de gaz à effet de serre que l’utilisation du gaz naturel en France.
Un résultat obtenu en prenant en compte l’ensemble de la chaîne de production : culture, récolte, broyage des intrants, besoins en électricité des méthaniseurs, fuites sur le réseau de gaz… Le tout, d’après Daniel Chateigner, pour un rendement énergétique très mauvais : Pour la même surface de production, on produit 100 à 200 fois moins d’énergie qu’avec le photovoltaïque. Si on veut résoudre la crise énergétique, ce n’est pas la méthanisation qui va y répondre.
Le professeur de physique à l’université de Caen Normandie dénonce une filière qui, par conséquent, ne peut pas vivre sans subventions. Et s’inquiète de ses conséquences pour l’agriculture, les agriculteurs et la souveraineté alimentaire : Les sols s’appauvrissent parce qu’on leur retire du carbone. La réalité, c’est qu’on n’utilise pas des déchets : les fumiers, les pailles… sont des choses qui retournent au sol depuis des siècles.
*Résidu de la méthanisation pouvant être utilisé comme fertilisant agricole


