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Un projet de méthaniseur divise un village au sud de Toulouse : 7500 personnes signent une pétition


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Dans un village au sud de Toulouse, un projet de méthanisation agricole provoque la colère d'habitants qui craignent pollutions et nuisances. Un des porteurs du projet s'en défend.

Un projet de méthanisation agricole cristallise les tensions dans un petit village rural de 600 habitants. A Saint-Julien-sur-Garonne (Haute-Garonne), situé entre Toulouse et Saint-Gaudens, des habitants organisent la résistance en se formant en collectif et une pétition lancée il y a trois semaines recense déjà plus de 7 500 signatures.

C’est quoi la méthanisation?

La méthanisation est un procédé complexe de production de biogaz et d’engrais naturel. Pour ce faire, une grande cuve est installée pour y faire fermenter différentes matières organiques des produits agricoles comme du fumier, de boues de stations d’épurations, des déchets d’industries agroalimentaires ou des biodéchets des ménages. Un procédé qui permet de produire du biogaz, ainsi que du fertilisant pour les sols comme du terreau.

Projet porté par trois agriculteurs

Le projet à Saint-Julien-sur-Garonne est porté par trois agriculteurs d’une même famille vivant à proximité dans les villages environ. En remplissant leur cuve, uniquement, de fumier et de culture intermédiaire (des cultures semées entre deux cultures dites principales, NDLR), ils espèrent obtenir une garantie de revenu supplémentaire grâce à la vente du biométhane et pouvoir acheter moins d’engrais chimique en produisant de l’engrais naturel pour leurs terres.

Les agriculteurs souhaitent produire 100 mètres cube de biogaz par heure grâce à leur méthaniseur, de quoi fournir l’équivalent de la consommation en gaz de 600 foyers chaque année, ainsi que 9 500 tonnes de fertilisant organique par an pour les cultures de leur exploitation.

Un projet contesté

Sauf que certains habitants du village ne veulent absolument pas voir apparaître ce projet près de chez eux. Julien Cormier, qui a lancé la pétition et membre du collectif contre le méthaniseur, estime qu’il « ne vas rien apporter au village à part des nuisances« .

Une des principales préoccupations réside dans l’augmentation du trafic routier qui va, selon le collectif, « dégrader les routes avec davantage de camions sur des chemins de villages pas adaptés ». « Ils nous disent que cela ne changera rien avec un seul camion par jour. Sauf que le travail se fera surtout l’été et si on prend leurs chiffres, cela fera un camion toutes les 20 minutes de 6 h à 22 h », assure Julien Cormier.

« Pollution de la nappe phréatique »


Le collectif craint d’abord une « pollution de la nappe phréatique avec l’épandage massif de digestat (résidus issus de la méthanisation des déchets organiques sur les terres agricoles, NDLR) ». Dans quelques communes à travers la France, l’épandage du digestat de la méthanisation a pu provoqué la contamination aux nitrates des nappes phréatiques.

« Cela va aussi provoquer des odeurs et des nuisances sonores car la méthanisation fait du bruit. Il faut aussi penser à l’impact visuel et à la dévaluation du prix des habitations aux alentours. C’est une usine au milieu d’un village concrètement », affirme cet habitant. Le terrain choisit se situe à environ 300 mètres de la première maison et à 600 mètres de l’école. Le collectif envisage d’aller en justice si le projet se poursuit en l’état.

Des attaques rejetées en bloc par un des porteurs du projet


Face à ces critiques, Jean-Marc Devic, un des trois agriculteurs qui a monté ce projet de méthanisation agricole, assure que tous ces reproches sont totalement infondés. Concernant l’augmentation du trafic routier, il rappelle que son projet prévoit la construction d’un chemin de 200 mètres pour que les tracteurs rejoignent directement la départementale sans passer par les routes de la commune. Du côté des nuisances sonores et des odeurs produites par la méthanisation, ce n’est pas, pour lui, un problème dès que l’on s’éloigne d’environ 50 mètres du bâtiment. « Comme avec une ferme« , insiste-t-il.

« Tout est encadré »

Jean-Marc Devic assure que les craintes de pollution des nappes phréatiques à cause du digestat ne sont pas non plus justifiées : « Tout est encadré. On a réalisé des études qui vont nous permettent de construire un méthaniseur de petite taille comme le notre. On va simplement épandre le digestat sur nos champs au lieu d’engrais chimique », explique Jean-Marc Devic. Un projet « vertueux » selon lui.

L’agriculteur souligne également qu’ils sont ouverts à l’idée de déplacer le méthaniseur dans une autre parcelle du village plus loin des habitations et que des discussions sont en cours avec la mairie de Saint-Julien-sur-Garonne pour essayer de trouver un autre terrain adapté. Pour expliquer leur projet aux habitants, ils organisent aussi une visite d’une méthanisation agricole le 7 mars afin qu’ils puissent se forger leur opinion sur la question.

Une décision qui revient à la préfecture de Haute-Garonne

Pour l’heure, les trois agriculteurs n’ont pas encore déposé de permis de construire, espérant trouver une solution qui conviendra au plus grand nombre.

Ce sera à la préfecture de Haute-Garonne de trancher sur sa validité, et non pas à la mairie du village. Un projet à plusieurs millions d’euros soutenu par la région Occitanie. Le maire de Saint-Julien-sur-Garonne a préféré ne pas donner suite à nos sollicitations.