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"Une solution qui fonctionne" : la filière du biogaz veut se faire entendre face au "tout-électrique" du gouvernement


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Face à la crise énergétique, le gouvernement mise tout sur l'électrification, pour sortir des énergies fossiles et des dépendances géopolitiques. Mais une autre filière estime être aussi une partie de la solution, celle du gaz vert.

Pour sortir de la dépendance de la France aux énergies fossiles et regagner en souveraineté, le gouvernement mise sur une bascule vers l'électrique et une sortie du gaz. Une perspective qui a de quoi inquiéter les producteurs de biogaz, qui ont pourtant de grandes ambitions. Produit en France, à partir de déchets agricoles ou alimentaires, et donc renouvelable et moins polluant que le gaz conventionnel, il a disparu du discours gouvernemental ces derniers mois. Pourtant, la production sur le sol français ne cesse de monter en puissance depuis dix ans, comme à Saint-Selve, près de Bordeaux (Gironde), où il s'agit majoritairement de transformation de déchets alimentaires.

Chaque matin, sur ce site du groupe Suez, des camions déchargent les déchets alimentaires du territoire qui sont ensuite broyés avant d'être transformés en gaz. Pour la méthanisation, tout se passe dans trois grandes cuves, comme l'explique Reynald Syracuse, responsable du site. "Ça s'appelle un digesteur, qu'on alimente avec des épluchures, des morceaux de viande non consommés et des denrées impropres à la consommation. Ils sont dégradés par des bactéries, c'est-à-dire qu'elles vont manger la matière organique et, ce faisant, produisent du gaz. Ça s'apparente à la digestion humaine ou animale."

À la fin du processus, il reste aussi un produit solide, le digestat, livré aux agriculteurs du secteur qui s'en serviront comme engrais. Le gaz, lui, est injecté directement dans le réseau du département. "Ce sont les déchets locaux qui produisent le gaz, qui est utilisé par les mêmes locaux", souligne Reynald Syracuse.

Des objectifs trop ambitieux?

La France compte plus de 800 méthaniseurs connectés au réseau. Ça ne représente que 5 % de la consommation totale, mais la filière a des objectifs ambitieux : atteindre au moins 15 à 20 % dès 2030, et couvrir l'ensemble de la consommation résiduelle de gaz en 2050. Alors, ses partisans goûtent peu le discours tout électrique du moment. "Les routes de décarbonation ne peuvent pas être faites d'une solution unique, estime Laurence Poirier-Dietz, directrice générale de GRDF, le gestionnaire du réseau de gaz. Donc, la décarbonation du gaz fossile par du biométhane avec des déchets dont on ne saurait sans doute pas trop quoi faire, c'est une solution qui fonctionne et qui est mature. On n'a pas à changer les installations, on est dans quelque chose de facile."

Un enthousiasme nettement tempéré par certains experts, qui notent que le gaz vert reste plus cher à produire que le gaz conventionnel et que son développement a été jusque-là très dépendant du soutien public. La Cour des comptes a d'ailleurs pointé un coût significatif pour l'État.