À Monchecourt, ça gaze pour la biométhanisation, moins pour ses acteurs
Mise en service en décembre 2021, l’unité de méthanisation a trouvé son rythme de croisière. Mais la récente décision du gouvernement de mettre fin au tarif garanti nourrit l’inquiétude des exploitants agricoles qui l’ont créée.
Stéphane Brabant, l’un des quatre associés à l’origine de la mise en service de Biostrevent Énergie en 2021 à Monchecourt, garde le sourire. Samedi, dans le cadre des Journées du patrimoine, il a même pris un vrai plaisir à faire visiter son site, qu’il connaît sur le bout des doigts, à quelques dizaines de personnes, curieuses, elles, d’en savoir plus sur son unité de biométhanisation. Comment ça fonctionne ? Qu’est-ce qu’elle engloutit ? Que devient le gaz qu’elle produit ? À quoi sert le digestat produit, un fertilisant liquide ? En quoi elle est pertinente pour les deux exploitations agricoles1 à l’origine du projet ? L’agriculteur a récité son argumentaire avec entrain. Et conviction, surtout.
Parce que M. Brabant l’affirme haut et fort : « La méthanisation, quand nous nous sommes lancés en 2018, ça valait le coup et aujourd’hui, encore, ça vaut toujours le coup ! » Le sourire demeure donc, aussi contraignante soit cette activité de diversification agricole qui tourne « 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365 ». Mais elle n’empêche pas l’acteur de nourrir des inquiétudes. D’abord pour celles et ceux qui se sont lancés dans l’aventure bien avant eux et qui arrivent en fin de contrat avec leur fournisseur. Ensuite, pour celles et ceux qui avaient pour projet de faire le pas. Enfin pour les sociétés qui, comme la leur, ont pourtant encore le temps de voir venir les choses.
Fin des tarifs garantis
« Nous, on a décidé de miser sur l’injection, explique M. Brabant. C’est-à-dire que nous produisons du gaz, du biométhane, qui nous est racheté par Engie pour être directement injecté dans le réseau GRDF. On a un contrat de 15 ans avec eux. C’est-à-dire que pendant 15 ans, on est assuré d’un tarif d’achat garanti. Or ce tarif garanti, très important pour rassurer les banques notamment, car l’investissement est lourd, 7,5M € à Monchecourt, le gouvernement a décidé de le supprimer cet été ! Si bien que c’est toute la filière qui est complètement paumée depuis ! »
Si Biostrevent Énergie, régulièrement en autosuffisance électrique grâce aux panneaux photovoltaïque installés en bordure du site, a encore du temps devant elle, cette décision n’encourage cependant pas à l’investissement. « Il y a encore plein de valorisations possibles ici, indiquait samedi matin M. Brabant à son assistance. Autour du CO2, de l’hydrogène, etc. » Mais sans ce prix d’achat garanti, « ça devient plus compliqué aujourd’hui » pour eux comme pour celles et ceux qui avaient pour projet de se lancer. « Dans la région, on compte 92 unités en injection, 70 en cogénération (production de chaleur et d’électricité). Et on a 160 projets dans les cartons ! »
Manque de visibilité
Que ce soit pour la méthanisation par injection ou par cogénération – « parce que EDF ne veut plus, non plus, renouveler ses contrats au point qu’on redoute le pire pour les deux tiers, voir les trois quarts des 70 unités concernées dans la région » –, ce « désengagement de l’État » fait sérieusement tousser. « Pour nous agriculteurs, la méthanisation que nous avons choisi de faire, est rentable. Cela a permis de diversifier nos revenus, de diminuer de 80 % notre recours aux engrais minéraux, de sécuriser l’avenir de nos exploitations et de fait, leur transmission. Le tout, en créant de la valeur sur notre territoire. En installant un modèle d’économie circulaire. En participant à l’autonomie énergétique de la France. » Or, sans « stabilité, visibilité et confiance », comme l’indique le communiqué adressé aux élus par l’association des agriculteurs méthaniseurs des Hauts-de-France (AAMHDF), dont le Monchecourtois est un membre actif, l’avenir, à défaut de s’assombrir, fait cogiter.
« Ce changement brutal des règles économiques au profit du tout électrique et du nucléaire, c’est une vraie catastrophe pour la filière agricole et énergéticienne ! » Et un coup d’arrêt pour toute cette économie circulaire qui s’est créée ? « Seize exploitations agricoles installées dans un rayon de 12 km autour de notre unité font partie de notre plan d’épandage du digestat. Et la quasi-totalité de nos intrants, les effluents d’élevage, les cultures intermédiaires à valorisation énergétique, les pulpes de betteraves et de céréales, les tontes de pelouses des collectivités, les coproduits des industries agroalimentaires… proviennent tous de la région et permettent d’alimenter en gaz plus de 2 000 foyers sur l’année ! » La méthanisation agricole entend donc continuer à s’inscrire dans les politiques énergétiques et économiques des territoires « en poursuivant le dialogue avec les élus locaux et l’ensemble des acteurs concernés ». À une heure où les enjeux de la décarbonation sont primordiaux, « la société civile a besoin des agriculteurs » conclut M. Brabant.


