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« J’y pense toute la journée » : des riverains inquiets suite à l’annonce d’un projet de méthaniseur près d’Alençon


| Ouest France | News
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À Saint-Martin-des-Landes (Orne), une douzaine d’habitants se mobilisent contre un projet d’installation d’un méthaniseur à proximité de leurs domiciles. Porté par trois agriculteurs, ce projet est en cours d’instruction auprès de la préfecture depuis le 30 juin 2026.

Le champ semble tout juste avoir été moissonné. Il file en pente douce vers un ruisseau, bordé par une forêt. Ici on peut voir des chevreuils, observe Éliane Gesbert. La voix de cette riveraine, résidant à Saint-Martin-des-Landes (Orne), est inquiète : d’ici plus d’un an, ce terrain accolé à son jardin pourrait accueillir un méthaniseur.

Le projet est porté par trois agriculteurs. Rassemblés depuis mai 2026 en une SAS BioEnergie, ils souhaitent installer un méthaniseur sur un terrain privé de 2,8 ha. Ce dernier pourrait produire 876 000 m³ de biogaz par an, directement injecté au réseau GRDF. Déposée le 30 juin 2026, la demande de permis de construire est instruite en Préfecture. Le délai minimum de réponse est de 4 mois. Si la réponse est favorable, 12 à 15 mois de travaux suivront.

Viabiliser les exploitations

Pour rappel, la méthanisation permet de produire du gaz, de l’énergie ou de l’électricité à partir des effluents de fermes et de déchets verts. Avec plus d’une soixantaine d’unités en exploitation, l’Orne est le premier département de France en termes de méthanisation. En 2025, la part de biométhane dans sa consommation finale de gaz était d’environ 35 %.

Lire aussi : ENQUÊTE. Comment l’Orne est devenue la championne française en méthanisation et gaz renouvelable

Ce projet donnera une valeur ajoutée à nos effluents, indique Loïc Cousin, l’un des porteurs du projet. Le méthaniseur sera alimenté à 70 % par des effluents issus des exploitations (laitière, porcine, taurillons). Le reste proviendra de cultures agricoles, nécessaires à la méthanisation. Le projet est dimensionné à nos exploitations, assure l’agriculteur. Autres avantages : substituer les engrais chimiques épandus sur les parcelles par du digestat (résidu liquide issu de la méthanisation) et viabiliser économiquement les exploitations. Depuis 2019, l’État a fixé un prix de rachat du biogaz. Ce dispositif devrait toutefois être modifié en 2027.

Problème : trois habitations se situent à à peine plus de 200 m du site. En tout, une douzaine de personnes résidant à moins d’1 km s’opposent au projet. Venir s’installer devant des maisons, c’est très moyen, soupire Hubert Gesbert. Son jardin jouxte la parcelle. Loïc Cousin se justifie : on l’a localisé au milieu de nos exploitations car c’était plus logique pour l’apport d’effluents et la reprise du digestat.

« Un faible impact »

Les habitants redoutent des conséquences sur leurs qualités de vie. J’y pense toute la journée, souffle Thierry Fosse, un voisin. En premier lieu, les odeurs. Les seules odeurs proviendront des effluents, c’est anecdotique, assure Loïs Cousin. Le processus de méthanisation, réalisé sans contact avec l’air ambiant, ainsi que le digestat sont supposés inodores.

Deuxième inquiétude : l’environnement. Un ruisseau s’écoule à un peu plus de 35 mètres du site. Toutes les eaux seront captées, assure l’agriculteur.Celles souillées seront retraitées et les eaux pluviales passeront par un bassin de rétention. Troisième point : l’augmentation du trafic. Il y aura des passages, un à deux fois par jour, ça n’ajoutera pas de bruit au trafic de la départementale, observe Loïc Cousin. Ce dernier précise qu’une partie des bâtiments seront enterrés et une haie devrait être plantée autour de la parcelle.

La plus grosse inquiétude reste la perte de valeur immobilière. Pour Loïc Cousin, le méthaniseur n’aura qu’un faible impact. La première pression immobilière c’est la départementale.

Le 20 juillet 2026, les habitants ont envoyé 7 courriers à différentes instances, dont le Préfet, le conseil départemental ou encore le maire, Roland Girard. Nous avons émis un avis favorable sous condition, indique l’édile. Il faut que les nuisances soient regardées de près et limitées au maximum. Début août, un recours a été déposé par Thierry Fosse auprès du Tribunal administratif de Caen. Reculer ce projet va avoir un impact financier conséquent, déplorent les porteurs de projet. À noter que la durée de validité d’un permis de construire en France est de 3 ans à compter de sa notification.