Quand le régulateur de l'énergie demande à GRDF d'arrêter de communiquer sur le biométhane
La Commission de régulation de l'énergie a un message simple pour GRDF : arrêtez de communiquer sur le biométhane. L'opérateur de réseaux de distribution de gaz est convaincu que les gaz « renouvelables » sont l'avenir de la consommation de gaz en France, et il le répète à qui veut bien l'entendre.
La semaine dernière, la filiale d'Engie a ainsi invité un groupe de journalistes à venir voir un méthaniseur et une installation de pyrogazéification en Gironde. Au moment du Salon de l'agriculture, en février, le distributeur de réseaux de distribution de gaz avait diffusé une publicité à la télévision avec Jamel Debbouze. Le slogan ? « Avec le gaz vert, la France a une incroyable énergie. »
3,2 % du gaz consommé en 2024
De telles opérations sont dans le viseur du régulateur de l'énergie, qui rappelle que le biométhane, très subventionné par l'Etat, ne représente qu'une toute petite partie du gaz injecté sur les réseaux. « Plusieurs réseaux, en particulier de gaz, mènent des actions de communication qui dépassent le périmètre de leurs missions, voire parfois qui ne respectent pas les exigences d'indépendance vis-à-vis des activités de production ou de fourniture », écrit la CRE dans un rapport publié ce jeudi.
Ces actions peuvent « parfois mener à une confusion d'image entre le gaz fossile [dit « naturel », NDLR] et le gaz vert (ce dernier ne représentant que 3,2 % du gaz consommé en 2024) et ainsi s'apparenter à de la promotion du gaz fossile ou de ses usages », tacle l'institution, qui demande « l'arrêt de ces actions de communication, notamment grand public ».
En réponse, GRDF « s'étonne des demandes de la CRE, qui outrepassent les limites d'un tel rapport sur la conformité et l'indépendance d'un gestionnaire de réseau », et estime que la CRE « affiche un caractère partisan dans ses choix et ses recommandations. »
Appels à projets biométhane
GRDF ne se contente pas de communiquer sur l'essor du biométhane. La filiale d'Engie lance aussi régulièrement des appels à projet visant à développer la filière , avec de nouvelles technologies comme la pyrogazéification. Cela sort de ses missions, qui devraient se limiter à gérer les réseaux de gaz et à assurer des points d'accès au réseau aux nouveaux entrants, sans participer à la production, rappelle le régulateur de l'énergie.
« La CRE demande aux opérateurs de veiller à concentrer leur intervention sur les missions relatives à l'accès et à l'utilisation des réseaux », écrit le régulateur. Qui cible cette fois-ci explicitement l'opérateur de réseau de distribution de gaz. « Plus précisément, elle demande à GRDF de ne plus proposer d'appels à projets visant principalement à développer ou améliorer l'activité de production de biométhane », pointe-t-elle.
« Pas de valeur juridique »
Face à ces accusations, GRDF souligne que les demandes de la CRE n'ont « pas de valeur juridique. » L'opérateur de réseaux gaziers « entend promouvoir dans le respect de ses obligations d'indépendance et de non-discrimination, avec les moyens dont elle dispose et sur les thèmes d'intervention qui sont les siens, les leviers de décarbonation les plus efficaces », ajoute-t-elle.
La filiale d'Engie souligne par ailleurs que la part de biométhane dans la consommation de gaz en France a atteint 5 % l'année dernière. « La PPE (loi pluriannuelle de programmation de l'énergie, NDLR) fixe un objectif de 44 TWh/an de biométhane injecté dans les réseaux gaziers d'ici 2030, ce qui pourrait représenter entre 15 % et 20 % de la consommation de gaz sur le réseau de distribution à cet horizon », pointe l'opérateur de réseaux.

