Accéder au contenu principal

« Sur les factures de gaz, aucune ligne ne le mentionne » : voici le coût caché qui va renchérir les prix


| Ouest France | News
| Ouest France | News

L’État prépare un décret, obligeant les fournisseurs de gaz à injecter davantage de biogaz dans le réseau. Le coût sera répercuté, au moins en partie, sur les consommateurs.

Une consultation sur un projet de décret du gouvernement, concernant les « certificats de production de biogaz », s’est achevée le 17 juillet.

De quel coût caché parle-t-on ?

Des répercussions sur le prix du gaz des « Certificats de production de biogaz » (CPB). « Sur les factures, aucune ligne ne les mentionne, déplore Clarisse Berger, chargée de mission chez Que choisir Ensemble. Cela reste opaque. » Interrogé par Ouest-France sur l’effet des CPB, Engie reste silencieux, arguant de « données commercialement sensibles ». Il faut pourtant faire la lumière sur ces CPB, en vigueur depuis le début de l’année. Sachant que le gouvernement prépare un décret pour accroître leur poids, à partir de 2029. Donc leurs effets inflationnistes.

Que sont ces Certificats de production de biogaz ?

Ce dispositif oblige les fournisseurs de gaz à injecter dans le réseau un certain pourcentage de « biogaz », issu notamment de la fermentation naturelle, dans des cuves, de fumiers, déchets agricoles etc. 802 sites, notamment dans des exploitations agricoles, ont produit 13,5 TWh (térawattheures) de biogaz l’an dernier, sur une consommation totale de gaz de 350 TWh (d’origine fossile à 96 % donc). « Le biométhane contribue au verdissement du gaz, explique Jules Nyssen, le président du Syndicat des énergies renouvelables. Il permet de réduire les émissions de CO2. Et il diminue notre dépendance aux importations de gaz fossile. » En s’acquittant de leur obligation d’injection, les fournisseurs de gaz reçoivent des CPB. Si au bout de trois ans, ils n’en ont pas collecté assez, ils sont passibles de pénalités.

Quel est le problème ?

Le biogaz coûte plus cher que le cours actuel du gaz fossile. « Ce dernier se négocie aujourd’hui autour de 47 € le MWh (pour livraison en 2027), calcule Jules Nyssen. Les tarifs d’achat du biogaz se situent, eux, entre 88 et 122 € le MWh. Mais il s’agit de prix stables, reflétant les coûts de production. Alors que les cours mondiaux du gaz fossile peuvent, eux, exploser (jusqu’à 340 € le MWh en 2022, après l’invasion de l’Ukraine). » En attendant, injecter du biogaz dans le réseau représente un surcoût pour les fournisseurs, qui le répercutent, au moins en partie, sur les factures.

Quel surcoût pour les foyers?

Il est estimé à « 7 € par an en 2026, et 70 € en 2028 » pour un ménage consommant 14 000 kWh par an, selon la commission de l’énergie. Entretemps, l’obligation d’injection de biogaz pour les fournisseurs va passer de 0,4 % en 2026 à 4 % en 2028. « Le pourcentage serait ensuite porté par décret à 6 % en 2029. Et 13 % en 2032 », indique Jules Nyssen. Bref, les fournisseurs devront acheter davantage de biogaz.

Et sur les factures ? « Cela dépendra de la concurrence, répond l’expert. Et il est possible que les coûts de production baissent. » Clarisse Berger, de l’association Que choisir, est, elle, sceptique : « Le poids du biogaz restera limité. Donc peu de consommateurs en bénéficieront, alors que toutes les factures vont augmenter. Ce dispositif devrait plutôt être financé par l’État, donc par l’impôt. Ce serait davantage transparent et cela prendrait en compte les revenus de chacun. » On n’en prend pas le chemin. Le gouvernement prépare un autre décret pour raboter ses subventions aux petits méthaniseurs.