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« Verrue » ou « solution d’avenir » : un projet de méthaniseur déchire un village des Landes


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Alors que quatre agriculteurs de Castelnau-Tursan veulent installer un méthaniseur sur un terrain de la commune chalossaise, une association de riverains a été créée pour défendre leur tranquillité et leur paysage.

« Vous voyez le chemin qui descend ? Le méthaniseur doit être installé ici. » De l’index, Jean Grémillon indique le flanc de la colline qui surplombe la route de Gaillat, au sud de la commune de Castelnau-Tursan. Le quinquagénaire arbore fièrement un logo BVACT (Bien vivre à Castelnau-Tursan) qu’il a fait imprimer sur une casquette et sur sa veste. C’est le nom de l’association de riverains qui a vu le jour en décembre 2025 avec l’objectif de remettre en question le projet de méthaniseur porté par quatre agriculteurs locaux.

« Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas contre les méthaniseurs de manière générale », avertit Béatrice Aguado, la présidente du collectif. Ce qui inquiète ces Castelnausiens, c’est plutôt l’emplacement choisi pour le futur bâtiment et les potentielles nuisances, liées tant à sa construction qu’à son activité. « Si on se fie à celui qui a été construit du côté de Lacajunte, il s’agira d’une structure de 17 000 mètres carrés », détaille Jean Grémillon.


La consultation au public est en cours d’achèvement et le permis de construire en instruction. L’équipement produira l’équivalent des besoins de 11 000 habitants
Une infrastructure « démente » par rapport à la taille du terrain choisi selon les membres de l’association. D’autant qu’elle devrait se situer entre deux zones classées Natura 2000, le tout sur un terrain vallonné qui devra subir de lourds travaux pour pouvoir l’accueillir, ce qui pour ces riverains ressemble à une véritable « aberration ».

Le bruit et l’odeur

Mais ce n’est pas tout. « En fonction du vent, les odeurs de l’exploitation pourraient remonter vers le village qui est juste en haut », enchaîne Régis Guichané. Selon les estimations de l’association, le fonctionnement du méthaniseur devrait nécessiter 50 mètres cubes d’entrants chaque jour. « Personne ne veut d’une usine qui tourne 24 heures sur 24 à côté de chez lui, poursuit-il, sans compter le bruit des tracteurs qui devront amener le lisier et, le temps de la construction, le bruit des travaux. »

Comble des inquiétudes qui guident l’action de ces Castelnausiens : la menace d’une dévalorisation de leurs biens immobiliers. Jean s’appuie sur l’exemple d’une habitante âgée de 83 ans qui aurait récemment essayé de vendre sa maison. « Les agences immobilières sont frileuses à expertiser son bien parce qu’ils ne savent pas si le méthaniseur va sortir de terre ou non », explique-t-il.

La présidente de l’association Bien vivre à Castelnau-Tursan, Béatrice Aguado, est en première ligne du combat contre l’installation de ce méthaniseur. Ce n’est pas qu’une façon de parler. Depuis la terrasse de sa maison située en face du site, elle fait part de ses craintes de voir ce méthaniseur, tel « une verrue dans le paysage », gâcher la vue unique que lui offre son terrain sur toute la chaîne des Pyrénées. Selon le collectif de riverains, le bâtiment devrait notamment s’articuler autour de « cinq cuves de 30 mètres de diamètre et de 10 mètres de haut. » De quoi dénaturer le décor.

Des efforts promis

Hervé Dupouy, l’un des quatre agriculteurs porteurs du projet, promet pourtant de faire tous les efforts pour intégrer l’infrastructure dans le paysage. Cet éleveur de canards, dont l’exploitation est située dans la commune, prévoit que les cuves soient enterrées « au maximum » afin qu’elles soient le moins visibles possible. Un aménagement également nécessaire en raison de la nature du terrain qui, malgré la pente, répond aux exigences complexes de ce type d’installation.


Permis de construire accordé et nouvel investisseur, le projet de méthaniseur porté par trois éleveurs dans le Duraquois doit sortir de terre en 2026
L’éleveur garantit par ailleurs que les nuisances sonores et olfactives liées à l’activité d’un méthaniseur sont quasiment nulles. « Pas plus d’odeurs que n’importe quelle autre activité agricole », balaye-t-il en précisant que tant le transport que l’exploitation du lisier et du fumier se font de manière hermétique.

« On veut les rassurer en leur faisant visiter un autre méthaniseur »
Lui et ses collègues agriculteurs pensent ce projet depuis 2023. Pour eux, la méthanisation est une « solution d’avenir », « un virage », qui pourrait leur permettre de diversifier leurs revenus et pérenniser leurs exploitations. Ils ont déjà essuyé un refus d’installer leur méthaniseur à Bahus-Soubiran et confient avoir « tout à fait conscience des inquiétudes » des Castelnausiens.

« On veut les rassurer en leur faisant visiter un autre méthaniseur », confie Hervé Dupouy. L’agriculteur qui se dit ouvert au dialogue espère pouvoir déposer le permis de construire final avant le printemps 2026. « Si on avait pu trouver un terrain ailleurs, on l’aurait fait », finit-il par conclure.

La mairie tranchera

Face aux tensions, silencieuses ou plus bruyantes, qui sont en train de déchirer sa commune, le maire, Roland Guichané, a quant à lui fait le choix de la neutralité. Pour le moment, il ne peut que constater les dégâts que le méthaniseur, pas encore sorti de terre, fait déjà au sein du village. « Tout ça est en train de couper Castelnau en deux camps », s’inquiète l’édile, qui explique avoir invité, dès le départ, les porteurs du projet à informer au mieux la population.

« Il va falloir regarder en détail le dossier, je ne veux rien louper »
L’élu est lui aussi bien conscient qu’il s’agit sûrement là d’une solution d’avenir et conçoit que « personne ne voudrait d’une infrastructure pareille devant chez soi ». Le lieu choisi l’interroge tout autant que certains riverains. Mais à ce stade, peu importent ses inquiétudes, Roland Guichané refuse de prendre position : « Je veux garder du recul pour pouvoir juger au mieux du permis de construire qui sera déposé en mairie », prévient-il.

Il a déjà prévu de faire appel à une aide juridique le moment venu. « Il va falloir regarder en détail le dossier, je ne veux rien louper. » Le maire en a conscience, la paix de son petit village en dépend.